Allergie d'un jeune à Nottingham: la vape ou l'incompétence du médecin en cause?

La nouvelle fait le buzz des médias en Angleterre, en dépit de l'extrême faiblesse du dossier médical présenté et de l'incrédulité des spécialistes. L'histoire est celle d'un jeune victime d'une alvéolite allergique extrinsèque (AAE) en 2017. Son cas est rapporté aujourd'hui dans une lettre aux Archives of Disease in Childhood (ADC), par le pédiatre Dr Jayesh Mahendra Bhatt, de l'hôpital de Nottingham. Le jeune Ewan avait alors déclaré vapoter depuis quelques mois, ne plus consommer de cannabis depuis un an et ne pas avoir côtoyé d'animaux de ferme ou d'oiseaux les temps précédents. 

Pas de prospection de possibles allergènes dans l'environnement du malade

Les pédiatres n'ont pas prospecté plus loin sur l'environnement du malade selon leur article. Pourtant cette allergie de type 4 est connue pour être liée à des allergènes environnementaux, typiquement des poussières ou des moisissures. Les désignations des cas les plus courants sont parlantes: maladie dite des éleveurs d'oiseaux, celle dite du poumon du fermier, maladie des fromagers, des utilisateurs de spa, des champignonistes, etc. 

Par contre, l'équipe menée par le Dr Jayesh Bhatt a effectué des tests de réaction allergique sur la peau du patient avec les deux liquides de vapotage utilisés par le malade. Les résultats ont été négatifs. "Cependant, ceci n'exclut par une réaction aversive aux e-cigarettes", soulignent les auteurs de la lettre aux ADC. Ils attribuent d'ailleurs une détérioration de l'état du patient environ huit heures après le test à une réaction aux liquides. Cet épisode fonde la conviction du Dr Bhatt que le vapotage est la source de l'allergie pulmonaire du jeune Ewan. L'article d'ADC fait aussi état de tests sérologiques aux résultats peu cohérents. 

Rechute inexpliquée après l'arrêt du vapotage

Cependant, après avoir été traité à l'hôpital, Ewan rentre chez lui, ne vapote plus, et subi pourtant une rechute. Le compte-rendu médical publié dans ADC se montre très imprécis sur la datation et les circonstances de cette rechute. Ceci est étrange. D'autant plus qu'une rechute de cette maladie est tout à fait inhabituelle lorsque l'allergène a véritablement été identifié et évité par le malade. Ce point n'est pas éclairci par l'équipe médicale. "L'aggravation clinique a été attribuée à une baisse trop rapide de la prise de stéroïdes", se borne à expliquer le papier dans ADC.

Ceci laisse les raisons de l'allergie du jeune Ewan dans le domaine de l'hypothétique. Mais le Dr Jayesh Bhatt déclare aux médias anglais ce matin "avoir prouvé que ce cas a été causé par le vapotage". Membre de l'ERS, l'organisation de pneumologues lourdement sponsorisée par l'industrie pharmaceutique et qui a lancé une fatwa contre le vapotage cet été, il avait lui même déjà rédigé une prise de position anti-vapotage, intitulée mal à propos"E-cigarette Tar Wars", la guerre du goudron du vapotage [note: il y a en anglais une tentative de jeux de mot avec star wars].

Conclusions infondées

Réactions plus tempérées et raisonnables du côté des spécialistes du Science Media Centre"Dans ce genre de situation, il peut souvent être difficile de poser un diagnostic précis ou de savoir avec certitude quelle est la cause. Ce type de maladie pulmonaire peut parfois survenir spontanément sans aucun déclencheur évident", déclare le Dr Nick Hopkinson, de la British Lung Foundation et enseignant la médecine respiratoire à l'Imperial College de Londres. "Ce qui s'est passé ici n'est pas tout à fait clair, mais cela ressemble à une allergie à une substance inhalée", acquiesce le Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool.

Contrairement à ses affirmations, les éléments apportés par le Dr Jawesh Bhatt ne sont pas concluants. Mais en sens inverse, peut-on exclure une réaction allergique à un composant des liquides de vapotage utilisé par le jeune Ewan? Bien que sa rechute peut laisser penser que la source de son allergie n'avait pas été enlevée de son environnement, on ne peut pas écarter la possibilité. "Il est possible que la maladie du patient soit due à une réaction allergique à un composant de la vapeur de la cigarette électronique", précise le Dr Nick Hopkinson. En cas de symptômes, il faut éviter la source d'allergène, dans la mesure où on arrive à l'identifier.

Incidence d'alvéolites allergiques extrinsèques de 1/30'000

"En Grande-Bretagne, 3,6 millions de personnes vapotent (...), s'il s'agissait d'un problème courant ou d'un risque important, nous nous attendrions à beaucoup plus de cas. (...) Ce cas semble plutôt concerner un individu allergique plutôt qu'un produit chimique particulièrement toxique dans le vapotage", précise le Dr Nick Hopkinson. Statistiquement, l'alvéolite allergique extrinsèque a une incidence d'environ une personne sur 30'000. Pour 3,6 millions de vapoteurs britanniques, le nombre de cas d'AAE doit dépasser le millier parmi eux sans que ce soit forcément lié à leur vapotage. De quoi faire encore beaucoup d'articles effrayants sans preuve.

"Croire que vapoter est plus sûr que fumer est à votre péril". Le mot d'ordre du Dr Jayesh Bhatt, que l'on pourrait croire tiré d'une publicité récente de Japan Tobacco, est contesté par les spécialistes. "Je suis fortement en désaccord. Fumer tue la moitié des fumeurs de longue date. Les cas rares comme celui-ci doivent être reconnues, mais il n'y a pas de comparaison possible: le vapotage est beaucoup moins risqué", rappelle le Pr John Britton. Selon les estimations, plus de 7 millions de personnes meurent de maladies liées au tabagisme chaque année dans le monde.


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